Photo © Camille Gladu-Drouin

Le 25 octobre 2018, la Coalition pour la diversité des expressions culturelles a fêté son vingtième anniversaire à Montréal. Ses membres étaient présents ainsi que les nombreuses personnalités ayant contribué à son cheminement.

Organisé en deux temps, une conférence suivie d’une réception, l’événement a permis à la CDEC de réaffirmer ses priorités et de revenir sur les moments forts de son histoire.

Ouverte par Bill Skolnik, coprésident de la CDEC, Kelly Beaton, directrice générale par intérim, Marché créatif et Innovation, Patrimoine canadien, et Ian Morissette, sous-ministre adjoint aux politiques et aux sociétés d’État, ministère de la Culture et des Communications du Québec, la conférence a été l’occasion pour la CDEC d’aborder trois thématiques au cœur des enjeux actuels pour la diversité des expressions culturelles.

Un premier panel « Évaluer la diversité des expressions culturelles à l’ère numérique » devait guider les travaux de la CDEC concernant la mesure de la diversité des expressions culturelles en ligne, afin qu’elle puisse proposer des réformes efficaces et favoriser les stratégies de rayonnement des acteurs du milieu culturel. Le premier constat est celui d’une diminution des données chaque année. Patrick Joly a indiqué que 60% des données liées à la vente de livres en français sont disponibles actuellement. Les panélistes, Jean-Robert Bisaillon, Patrick Joly et Josée Plamondon, ont insisté sur l’importance des données descriptives pour activer la découvrabilité des contenus culturels et, éventuellement, mesurer la diversité des expressions culturelles en ligne. Les divers secteurs culturels n’en sont pas tous au même point, mais les démarches sont enclenchées. La présence grandissante de plateformes transnationales soulève la question du développement de normes internationales. Le développement d’outils numériques présente un potentiel important pour le secteur, comme l’a démontré l’expérience du partenariat du Quartier des spectacles. Les enjeux de protection des données personnelles et la réticence des entreprises à partager leurs données sont des aspects qui reviennent constamment lorsque l’on aborde les données d’usage.

Dans un deuxième temps, Nathalie Guay a présenté la réflexion amorcée par la CDEC sur la nécessité d’une éthique culturelle face au développement de l’intelligence artificielle (IA). L’IA interagit avec les contenus culturels de plusieurs façons, à l’échelle des algorithmes de recommandation mais aussi au niveau des processus de création. Si certains développements présentent des opportunités intéressantes – on peut penser au potentiel de découvrabilité pour les contenus de niche – d’autres ont des conséquences négatives et soulèvent de nombreuses inquiétudes, non seulement pour les créateurs mais aussi pour la société en général : uniformisation du goût, baisse de la rémunération, perte de contrôle sur les données personnelles, multiplication des investissements pour assurer la découvrabilité, etc. Pour la CDEC, il est fondamental que le développement de l’IA soit encadré par des principes éthiques, notamment celui de la diversité des expressions culturelles.

Le dernier panel rassemblait les invités internationaux de la Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle, qui se réunissait en congrès les 26 et 27 octobre à Montréal. Parmi eux, Guillaume Prieur pour la France, Ray Argall pour l’Australie, Mane Nett pour le Chili et Kodjo Noussouglo pour le Togo. Véronique Guèvremont, de la Chaire UNESCO sur la diversité des expressions culturelles, a ouvert la discussion consacrée aux initiatives (réglementations, ententes, projets pilotes) mises en œuvre à travers le monde pour défendre la diversité culturelle dans un contexte de dématérialisation des biens et services culturels. Elle a constaté que les initiatives déployées à ce jour ne sont pas encore à la hauteur des défis pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, certaines préconisant l’adaptation des artistes, créateurs et producteurs au numérique, d’autres se focalisant uniquement sur l’ajustement des modèles fiscaux. L’Union européenne est vraiment la région présentant les avancées les plus importantes, notamment avec la directive sur les services de médias audiovisuels (SMA) qui prévoit des quotas d’exposition des œuvres européennes sur les plateformes de vidéo à la demande et des obligations d’investissement dans la création européenne. Une situation qui contraste fortement avec celle de l’Afrique où à peine 2% des contenus culturels sont africains, même dans les médias traditionnels.

Au cours de la réception qui a suivi, plusieurs personnalités du monde politique et du secteur de la culture ont pris la parole pour souligner le travail accompli par la CDEC au cours des vingt dernières années : l’honorable Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien, l’honorable Sheila Copps, ancienne ministre du Patrimoine canadien, Louise Beaudoin, ancienne ministre de la Culture et des Communications, puis des Relations internationales du Québec, Solange Drouin, coprésidente de la CDEC, Pierre Curzi, premier président de la CDEC et Robert Pilon, premier vice-président exécutif de la CDEC.

À travers leurs témoignages, l’histoire de la Coalition a été retracée : sa création par les principales associations québécoises du milieu culturel au printemps 1998 ; l’élargissement dès 1999 aux principales associations professionnelles du secteur de la culture au Canada ; la campagne dans les années 2000 pour la reconnaissance de la valeur symbolique des biens et services culturels ; l’adoption en 2005 de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ; les efforts dans les années suivantes pour convaincre les professionnels de la culture de tous les continents de créer leur propre coalition ; le travail quotidien, hier et aujourd’hui, avec les trente membres actifs, pour protéger et promouvoir la diversité des expressions culturelles, au Canada et à l’échelle de la planète.

Par leur présence, leur implication dans les débats, les membres et partenaires de la CDEC ont exprimé leur volonté de poursuivre la mobilisation. Dans un contexte marqué par la révision des lois sur la radiodiffusion, les télécommunications, la radiocommunication, ainsi que la loi sur le droit d’auteur, plusieurs voix se sont exprimées pour souligner l’importance d’une évolution du cadre législatif concernant le financement et la diffusion des contenus culturels au Canada.

L’événement a attiré un public plus large que les seuls réseaux de la CDEC, preuve s’il en fallait, que l’enjeu de la diversité des expressions culturelles ne concerne pas seulement les industries culturelles mais bien toute la société.